LES GENERIQUES EN 2012
Qu’est ce qu’un générique ?
Un médicament générique n’est pas
la copie conforme du médicament de référence:
Un générique est un médicament qui a la même composition qualitative et quantitative en principes actifs, que le
médicament qu’il copie, et dont la bioéquivalence est démontrée
En France, cette définition a été établie en 1998
Plusieurs éléments peuvent varier entre un médicament princeps et son
générique :
- le principe actif : depuis 2004, les les différents sels, esthers, isomères, mélanges d’isomères, complexes ou
dérivés d’un principe actif sont considérés comme un même principe actif.
- l’excipient: ceux à effet notoire qui sont présents dans les génériques doivent être mentionnés aux patients et aux
prescripteurs.
- La galénique: un médicament sous forme comprimé peut avoir un générique sous forme gélule.
La substitution
Le droit de substitution
existe depuis un décret du 11 juin 1999
L’obligation de substitution
concerne les médicaments prescrits sur ordonnance. Il est demandé :
- Aux médecins de prescrire en DCI et non plus en nom de médicament. Dans ce cas, le pharmacien n’a
pas le droit de donner le médicament princeps s’il est plus cher.
- Aux pharmaciens : une obligation de substituer par le générique. Des quotas de substitution lui
sont imposés, en pourcentage des médicaments qu’il délivre.
Depuis 2002, la prescription en DCI (dénomination commune internationale) devrait être faite par les
médecins
Qui peut s’opposer à la substitution ?
- Le médecin du patient : en mentionnant « non substituable (NS) » sur son
ordonnance.
o Noter NS de manière systématique sur toutes les ordonnances est considéré comme anti-déontologique.
La mention « non substituable » doit avoir une justification
- Le patient lui-même peut refuser le générique. Dans ce cas, il ne peut alors (théoriquement) pas
bénéficier de la prise en charge en 1/3 payant pour ses médicaments.
A quel moment un médicament peut il être génériqué
?
Les médicaments nouvellement commercialisés sont protégés par un brevet durant 20 ans. C’est la période légale de
protection. Pendant ces 20 ans, le laboratoire a l’exclusivité de la vente. Ainsi il peut amortir les fonds investis dans les recherches.
Au bout des 20 années, la molécule tombe dans le domaine public, et peut être exploitée par d’autres laboratoires pour
fabriquer des génériques.
Les laboratoires développent des stratégies de contournement élaborées afin de retarder le moment ou un médicament
devient génériquable : dépôt de brevets secondaires pour prolonger artificiellement la durée de protection d’un produit, association de deux molécules déjà existantes afin de créer un nouveau
médicament sous brevet...
Comment évalue t’on l’efficacité d’un générique par rapport au
médicament princeps ?
Les études d’efficacité des génériques partent du postulat suivant :
« Pour avoir la même action théorique, et la même efficacité, 2 médicaments doivent être biologiquement équivalents, «
bioéquivalents », c’est-à-dire avec la même concentration de molécule active dans le sang »
2 notions sont importantes à considérer : la bioéquivalence et la
biodisponibilité. En effet, le seul paramètre biologique mesurable pour une molécule est sa biodisponibilité. Si la biodisponibilité est la même on en conclut à l’équivalence
biologique.
Pour connaitre la biodisponibilité des molécules, on réalise des essais cliniques de biodisponibilité chez des
volontaires sains. Une étude analyse toujours 24 ou 48 sujets pendant 24 heures
La biodiponibilité tient compte de
- La fraction de principe actif passant dans la circulation
- Le temps de présence du principe actif dans le sang et la vitesse à laquelle il parvient dans le
sang
Donc : si 2 molécules ont des biodisponibilité comparables, on conclut qu’elles sont
bioéquivalentes.
La marge de variabilité du générique par rapport au
médicament princeps : existe-t-elle vraiment ?
Oui …
Ce qui est accepté dans la réalité est une marge de variabilité de produit actif dans un
générique par rapport au princeps. La marge de variabilité de produit actif tolérée est de – 20 à + 25% de produit actif. Soit une variation de moins
1/5 à plus ¼ de produit actif par rapport au princeps.
Théoriquement malgré cette marge de produit actif, la biodisponibilité est considérée comme équivalente à celle
du médicament. En règle générale, c’est vrai, une différence minime ne change pas grand-chose. Pour la revue Prescrire (avril 2011) : Au cours d’un
traitement médicamenteux de longue durée, la stricte bioéquivalence entre les différentes spécialités dispensées est rarement indispensable pour assurer sa bonne continuité … sauf dans le cas de
substances à marge thérapeutique étroite, ou chez des patients en situation clinique particulière
Le problème particulier des médicaments à marge thérapeutique
étroite
Il s’agit de molécules comme les antiépileptiques, certains médicaments à visée
cardio-vasculaire et les traitements hormonaux notamment le lévothyrox ;
Exemple « le lévothyrox » : c’est une substance à marge thérapeutique étroite. L’ajustement de la posologie se fait sur
des paliers de 12,5 μg. Une variabilité même minime de quelques microgrammes occasionne chez certains patients un déséquilibre.
Pour ces médicaments à marge thérapeutique étroite, la bioéquivalence du principe actif a
été révisée, et elle est accordée pour une variabilité de -10 à +15% seulement.
Dans ces substitutions délicates, on demande un suivi plus rapproché, mais à condition
que le suivi ne coute pas plus cher que la poursuite du médicament (nouvelles consultations, examens, adaptation des doses). Si le cout du suivi coute plus cher que les économies de la
substitution, mieux vaut ne pas changer.
De vrais problèmes de génériques : les changements de
marque
- Les changements répétés de marque de génériques par les
pharmaciens, selon les marchés et leurs médicaments disponibles en officine.
Lors d’une modification de marque de générique, une molécule de biodisponibilité différente peut être donnée.
On peut passer de -25% à + 20%, ou l’inverse, soit une variation potentielle de + ou – 45 %
Plus le médicament a une marge thérapeutique étroite plus il est préférable de choisir une marque et de s’y
tenir.
- Les changements de marque de génériques induisent aussi des problèmes de reconnaissance du médicament. Car en changeant de marque, la molécule peut changer de présentation
galénique. Changement de taille, de forme, de goût sont mal gérés par les patients
- Le générique de marque différente n’a pas le même nom. Ou bien il est en DCI, ou bien il a son nom
propre. La compréhension du traitement est rendue plus difficile.
Les mythes à oublier : non, les génériques ne sont
pas…
- Moins bien fabriqués
- Fabriqués avec moins de contrôle qualité
- Fabriqués à l’étranger alors que les médicaments sont fabriqués en France
50% des génériques sont fabriqués en France
- Nuisibles aux recherches de molécules innovantes.
Le prix du générique : moins cher
?
Normalement le prix du générique est de 40 à 50% moins cher que le princeps, voire 55%
Cependant un certain nombre de laboratoires ont aligné le prix de leur médicament sur celui du générique. Il arrive
souvent dans ce cas que le pharmacien privilégie sa marge en donnant un générique
Remplacer le médicament par le générique n’est pas une garantie d’économie. Certains génériques reviennent plus chers
que le médicament princeps. Notamment quand les laboratoires ont mis en place des conditionnements de 3 mois tandis que le générique reste sur des conditionnements à un mois.
Les génériques et les économies de santé
La question du prix des médicaments est une préoccupation économique et de santé publique.
Les économies vraiment réalisées par la prescription des génériques
• 1,4 milliards en 2009,
• 1,8 milliard d’euros.
Mais si si l’acceptation des génériques avait été totale, cette économie aurait pu
s’élever : ("La mutualité Française.)
• à 2 milliards d’euros en 2009
• à 2,6 milliards d’euros en 2010
En valeur des médicaments vendus en pharmacie en France, les génériques ne représentent
• que 13,5% en 2009
• et 15% du total des médicaments vendus en pharmacie en 2010.
"La délivrance de génériques en France demeure l’une des plus basses du monde : 1 boîte de médicaments sur 5 est un
générique, alors que l’on dépasse 1 boîte sur 2 en Allemagne, au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis."
L'augmentation des génériques pour les 10 premiers médicaments en DCI remboursés par les
mutuelles ferait faire un max d’économies de dépenses de médicament.
1. Paracétamol (antalgique)
2. Esomeprazole (anti-ulcéreux)
3. Chondroitine sulfate (anti-arthrosique)
4. Fluticasone/salmeterol (anti-asthmatique)
5. Atorvastatine (hypolipémiant)
6. Insaponifiabe d’avocat et de soja (anti-arthrosique)
7. Oméprazole (anti-ulcéreux)
8. Rosuvastatine (hypolipémiant)
9. Desloratadine (anti-allergique)
10. Budesonide/formoterol (anti-asthmatique)
Quel est le choix des patients (enquête Deloitte
2010)
• 67% déclarent qu’ils opteraient très probablement pour un générique par rapport à un
médicament de marque afin de réduire les coûts.
• 8% affirment qu’ils choisissent toujours un produit de marque.
• 40% estiment que les médicaments princeps sont plus efficaces que leurs équivalents génériques
• 7% considèrent que les médicaments princeps sont plus sûrs.
Il y a du travail à faire sur la réputation.
Combien y a-t-il de génériques
Une liste des médicaments génériques a été publiée par l’AFFSAPS en mai 2011
L’oméprazole - Mopral (7ème médicament remboursé par les mutuelles) dispose 29
génériques dans son dosage à 10 mg, et de plus de 40 dans son dosage à 20 mg. Dans la boite de 28 comprimés de médicament princeps, chaque comprimé (UCD) vaut 1,34 euros. Dans la même boite de
médicament mais générique, un comprimé vaut 0,59 euro.
L’esoméprazole (Inexium) : a la même efficacité que l’oméprazole et un seul
générique en mai 2011 juste après la fin de son brevet. A peine un an plus tard, 9 génériques disponibles dans son dosage à 20 mg et 9 dans son dosage à 40. A noter que le laboratoire du
médicament diffuse son propre générique. Coût d’un comprimé de princeps d’une boite de 28 = 0,91 euros, contre 0,57 pour un comprimé de générique.
Pour le Spasfon : environ 20 génériques
Et le Paracétamol (premier médicament remboursé par les mutuelles en France)
: plus de 75 génériques différents, de dosages différents.
Conclusions personnelles :
Les génériques : oui mais…
Oui :
- Ne pas avoir peur des génériques : des différences d’action, certes, mais dans la majorité des cas
elle a peu d’influence sur l’efficacité du médicament
- Leur utilisation génère de véritables économies des dépenses de santé.
Mais :
- Par contre : attention avec les médicaments à marge thérapeutique étroite : des changements infimes
de dosage entrainent des conséquences sur l’équilibration du traitement.
- Dans tous les cas, il faut insister auprès de son pharmacien pour avoir toujours le même
médicament, qu’il soit princeps ou générique. Les changements de marque peuvent induire des modifications de bio-efficacité, allant jusqu’à + ou – 45%
Références utilisées pour la rédaction de l’article
:
http://www.fdn.fr/~amagnouat/metge/spip.php?article245
http://ammppu.org/wordpress/wp-content/uploads/2011/03/generiques_JB_110323.pdf
http://grangeblanche.com/2010/06/15/la-bioequivalence-en-pratique/
http://pharmacie.hug-ge.ch/ens/conferences/pb_generiques_pecub08.pdf
http://www.deloitte.com/assets/Dcom-France/Local%20Assets/Documents/Votre%20Secteur/Sant%C3%A9%20et%20sciences%20de%20la%20vie/Plaquette%20Sante%20France.pdf
http://www.afssaps.fr/var/afssaps_site/storage/original/application/567c33623e8d3c51993ad82ea4c6fa64.pdf
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